Chiens guides et d’assistance, chiens de médiation, au-delà des différences

 

Cet article a fait l'objet d'une publication sur le blog de la médiation animale le 29 mars. Retrouvez le en cliquant sur le bouton en bas de page.

Depuis le vingtième siècle, l’idée de faire appel au chien pour assister des personnes handicapées et pour soulager certains maux (physique, mental ou social) par la présence animale a fait son chemin. En France et dans le monde entier, les associations éduquant et remettant des chiens guides et d’assistance et travaillant avec des chiens de médiation sont désormais connues et même pour un certain nombre d’entre elles reconnues. 

 

Fondées sur les capacités particulières et  aptitudes relationnelles du chien, l’assistance et la médiation par l’animal nécessitent que le chien ait reçu une éducation spécifique au public auprès duquel il sera amené à travailler. En effet, le chien d’aide à la personne (vocable qui recouvre les chiens guides, d’assistance et de médiation) est un chien de travail, au sens où il participe à une activité de service. Si le chien d’assistance et le chien de médiation ont beaucoup de points communs qui amènent souvent la confusion dans le regard du grand public et parfois des professionnels du secteur sanitaire et social, ils ont aussi des différences qui méritent d’être réfléchies. 

 

Pour comprendre ce qui rapproche et ce qui distingue ces deux catégories de chien d’aide à la personne, il convient d’examiner l’émergence de ces pratiques, les acteurs qui en sont à l’origine et les objectifs associés. Dans une première partie, cet article présentera le chien guide et le chien d’assistance. Dans un deuxième temps, il reviendra sur le chien de médiation. Pour plus de clarté, un tableau reprendra les différences entre les deux. En conclusion, il soulignera les points communs entre ces deux types de chiens.

 

Issu du secteur associatif, le chien guide et d’assistance vit avec le bénéficiaire qu’il aide au quotidien


Le chien guide d’aveugle est plutôt bien connu du grand public. Il s’agit d’un chien qui guide une personne déficiente visuelle dans ses déplacements. Il a un harnais et a pour mission d’aider la personne dans ses déplacements. Le chien d’assistance est moins connu, pour partie parce qu’il est apparu plus récemment que le chien guide mais aussi en raison du fait qu’il peut assister plusieurs types de handicaps ou pathologies. Le plus reconnaissable est le chien d’assistance pour personne handicapée moteur. La personne en fauteuil roulant est alors accompagnée d’un chien qui l’aidera dans certains mouvements. Par exemple, le chien peut ramasser une pièce, ouvrir une porte… Mais il existe d’autres types de chiens, comme le chien écouteur, qui assiste la personne déficiente auditive en la prévenant par le toucher d’un son comme une alarme, un pleur de bébé ou une voiture qui passe. Les chiens pour personnes diabétiques alertent de la variation du taux de glycémie de la personne qu’ils assistent. Les chiens d’éveil accompagnent des enfants autistes, facilitant les interactions sociales… Nous vivons une période riche où nous découvrons l’étendue des aptitudes de nos compagnons à quatre pattes.

 

Les écoles de chiens guides et de chiens d’assistance ont peu ou prou la même genèse partout dans le monde. Des citoyens se sentent concernés par les difficultés rencontrées au quotidien par des personnes en situation de handicap ou atteintes d’une pathologie. Ces mêmes citoyens voient dans le chien la possibilité d’un accompagnement et décident d’éduquer de manière bénévole un puis des chiens pour pallier le handicap ou prévenir la survenue de crises liées à  la pathologie de la personne. 

 

Après une phase d’expérimentation plus ou moins longue, cette pratique d’éducation se développe puis s’institutionnalise pour prendre la forme d’une école avec un cadre matériel qui est aujourd’hui standardisé par les organisations internationales International Guide Dogs Federation (IGDF) et Assistance Dogs International (ADI). Le bénévolat est d’ailleurs encore présent dans les écoles en France et dans de nombreux pays puisque la pré-éducation est assurée par des familles d’accueil qui prennent en charge gratuitement le chiot de ses 2 à ses 12 mois. Elles donnent au chien les bases de son éducation et contribuent à leur apprentissage de certaines techniques. Lors de la période qui suit qui durent entre 6 et 12 mois selon la spécialisation, des éducateurs canins, salariés de l’école, assument l’éducation spécifique du chien guide et d’assistance. Pour ce faire, ils mobilisent un corpus complexe de savoirs éthologiques, sociologiques, psychologiques… A quoi s’ajoutent également des connaissances liées au handicap ou à la pathologie du bénéficiaire. 

 

Pour qu’il soit remis, le chien doit être capable d’accomplir des actions précises, certaines étant des réponses à des « commandes », d’autres nécessitant de la part du chien une initiative résultant de sa compréhension d’une situation plus ou moins complexe. Le chien guide et d’assistance a des caractéristiques physiques et comportementales constantes qui correspondent à ce qui sera attendu de lui dans ses missions d’assistance. Sa lignée a d’ailleurs fait l’objet d’une sélection génétique qui précède sa naissance. Il est lui-même évalué sur des critères physiques et comportementaux pendant la période de pré-éducation et d’éducation. L’équipe (le duo maître-chien) est constituée en fonction des caractères de chacune des deux parties. Une fois passé le test d’aptitude qui valide son éducation, le chien guide et d’assistance vit avec son bénéficiaire qui peut être un enfant ou un adulte, plus rarement un couple. 

 

En France, le chien guide et d’assistance est remis gratuitement. Des textes réglementaires encadrent son éducation, sa remise, son suivi et la labellisation des centres.  Ces derniers doivent répondre de conditions matérielles précises et avoir deux éducateurs canins ayant reçu une formation en fonction de la spécialité de l’école. En occident, la réglementation sur l’accessibilité pour les personnes handicapées précise que la personne handicapée peut accéder à tous les lieux ouverts au public accompagnée de son chien guide ou de son chien d’assistance. 

 

Que ce soit en France ou à l’étranger, les organisations qui éduquent et remettent des chiens guides et d’assistance sont familières les unes des autres, avec une connaissance plus ou moins poussée de leurs fonctionnements respectifs. Dans certains pays des écoles éduquent à la fois des chiens guides et des chiens d’assistance.

 

Initiative des professionnels de santé, la médiation par l’animal mobilise des chiens auprès de multiples bénéficiaires sur des séances limitées dans l’espace et dans le temps


Depuis les années 60, des professionnels du soin font appel à la présence animale comme outil de prise en charge ou d’accompagnement. Par exemple, un infirmier dans une maison de retraite peut organiser une animation avec un chien pour travailler la motricité et la mémoire des personnes âgées.  

 

Agissant dans un cadre institutionnel qui peut être (sans exhaustivité) un hôpital, un cabinet, un centre médico-social, une prison ou encore un établissement scolaire, ces hommes et ces femmes occupent des fonctions aussi différentes que celles d’infirmier, de psychologue, d’éducateur spécialisé, d’ergothérapeute, de kinésithérapeute ou de médecin… Dans des contextes aussi hétéroclites que les métiers des intervenants, les chiens de médiation ont en commun de venir appuyer le professionnel dans son activité : ils facilitent certaines actions à visée thérapeutique, sociale ou éducative. 

 

Dans la majorité des cas, l’intervenant a éduqué son chien avec le recours à quelques heures d’éducation canine. Parfois, le chien a reçu une éducation plus complète auprès d’un éducateur canin. Il est attendu de l’animal un « savoir-être » et quelques savoir-faire définis en fonction des activités menées par l’intervenant. La sélection du chien s’effectue à partir de qualités relationnelles, à savoir une aptitude à entrer en interaction avec les bénéficiaires et non pas à partir de compétences précises acquises par la répétition. Il n’y a donc pas ou peu de critères génétiques ou physiques qui entraineraient une homogénéité du chien de médiation, comme c’est le cas pour les chiens guides ou d’assistance (aujourd’hui majoritairement des labradors ou croisés retriever). 

 

Les conditions d’activité des chiens de médiation sont également différentes puisqu’ils travaillent  sur des plages horaires limitées auprès d’un ou de publics qui bénéficieront de la prestation de médiation par l’animal de façon individuelle ou collective. Ces prestations peuvent être menées au sein d’un service par une ou des personnes rattachées à l’institution qui les accueillent ou elles peuvent être menées par une personne extérieure à l’institution, auquel cas elles font l’objet d’une transaction financière. 

 

En France, il n’existe pas de textes encadrant l’activité de médiation par l'animal que ce soit en tant que profession ou en tant qu'activité accueillie dans un lieu privé ou publique. Ainsi, les chiens de médiation ne sont pas concernés par la réglementation sur l’accessibilité : au regard de la loi, ils sont de simples chiens domestiques.  Il faut cependant savoir qu’un chien d’assistance ne l’est que dans la mesure où son maître est détenteur de la carte d’invalidité, ce qui est rarement le cas des professionnels de la médiation. Cette précision de la réglementation actuelle contribue donc à la confusion entre chiens d’assistance et chiens de médiation. De plus, les établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux accueillant la médiation animale peuvent parfaitement accueillir un chien qui n’est pas issu d’une école labellisée. 

 

Que ce soit en France ou à l’étranger, les praticiens de médiation par l’animal se constituent progressivement en réseaux nationaux et transnationaux, avec un éclatement en plusieurs organisations dont les objectifs sont divers et parfois même divergents, à l’image de l’hétérogénéité des acteurs. A l’échelle internationale, on retiendra en particulier l’International Association of Human Animal Interaction Organizations (IAHAIO) qui regroupe chercheurs et praticiens et l’Animal Assisted Intervention International qui est la petite sœur de l’ADI.

 

Synthèse des différences

 

Chiens guides et chiens d’assistance

Chiens de médiation

Milieu d’origine

Milieu associatif, notamment le bénévolat

Milieu de l’intervention sanitaire et social

Acteurs

Bénévoles et professionnels du chien

Les associations de bénéficiaires (par handicap/maladie)

Différents métiers : infirmiers, éducateurs spécialisés, psychologues, ergothérapeute…

Activités

Aide quotidienne à la personne handicapée ou malade dans l’accomplissement de certaines actions qui seraient difficiles ou impossibles sans l’aide du chien

Appui pour l’intervenant dans son activité professionnelle en facilitant certaines actions à visée thérapeutique, sociale ou éducative

Compétences du chien

Savoir-faire précis avec une liste d’actions spécifiques qu’il doit pouvoir accomplir sur commande et de façon autonome et un savoir-être en compatibilité avec le bénéficiaire

Savoir-être principalement relationnel et quelques savoir-faire en fonction des activités menées par l’intervenant

Origine du chien

Issu de l’élevage pour garantir certaines qualités physiques et comportementales

Toutes origines dans la mesure où il a le savoir-être relationnel et qu’il a une complicité avec l’intervenant

Education du chien

Pré-éducation en famille d’accueil (8 à 10 mois) puis éducation à plein temps dans une école d’éducation canine (6 à 12 mois selon la spécialité)

Au choix des professionnels qui travailleront avec le chien

Accessibilité

Le maître du chien étant porteur de la carte d’invalidité, le chien a accès à tous les lieux publics

Le chien ne rentre pas dans le cadre de la loi sur l’accessibilité

Au-delà des différences, des points communs

Les chiens guides et d’assistance sont donc issus d’univers distincts : le secteur associatif pour les premiers et le secteur sanitaire et social pour les seconds. Historiquement, les associations de chiens guides et d’assistance sont plus structurées et, de par leur mobilisation dans la durée ont obtenu plus de droits que celles de chiens de médiation. Pour autant, il existe des points communs. Les démarches d’assistance et de médiation sont entièrement tournées vers le bénéficiaire et ses besoins. Elles partent dans les deux cas du lien social que crée l’animal et se nourrit de la réciprocité de la relation entre la personne et le chien. De même, le bien-être animal est une préoccupation permanente et une source de renouvellement des pratiques pour l’ensemble des acteurs. Autant les acteurs du mouvement chien guide et chien d’assistance que ceux de la médiation par l’animal gagneraient à mieux se connaître les uns avec les autres, car ils bénéficieraient du transfert réciproque de savoir-faire et de la diffusion de bonnes pratiques. Ils gagneraient également en poids vis-à-vis des autorités publiques. Par ailleurs, dans une société où la communication est devenue une question de survie pour les organisations, il est essentiel d’avoir un vocabulaire commun pour être compris du grand public. Or celui-ci ne peut exister que si l’on se parle et si l’on parle le même langage.